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Section du Puy-de-Dôme

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Les variations du champ magnétique terrestre :
une menace pour l'humanité ?


Le 13 février 2017, Monsieur Jacques Kornprobst, géologue, vulcanologue, professeur honoraire à l'Université Blaise Pascal, vice-président honoraire du comité de Clermont-Fd, a prononcé une conférence passionnante devant une assistance nombreuse dans les magnifiques locaux de l'Hôtel de ville.

La magnétite a été découverte en Anatolie par les Hittites il y a environ 3500 ans et c'est un Chinois, Shen Ko, qui a exposé les premiers principes de l'aimantation au 11e siècle après J-C. La première oeuvre scientifique portant sur le magnétisme est due au Français de Méricourt en 1269. Elle met fin à l'idée reçue que l'aiguille aimantée est attirée par l'étoile polaire et précise les propriétés des pôles de l'aimant.

La découverte du champ magnétique terrestre doit beaucoup à Christophe Colomb, qui a mis en évidence les variations dans l'espace (entre l'Espagne et l'Amérique) de la « déclinaison magnétique » (angle mesuré entre le nord géographique indiqué par l'étoile polaire, et le nord magnétique de l'aiguille de la boussole), ainsi qu'à Robert Norman qui découvrit « l'inclinaison magnétique » en 1576. La représentation du champ magnétique en trois dimensions permit à William Gilbert de montrer, en 1600, que la Terre se comporte comme un aimant géant.

En 1896, Pierre Curie montre que la susceptibilité magnétique diminue en fonction de la température, et que, par conséquent, un aimant ne peut être la source du champ magnétique terrestre. Celui-ci est généré par une dynamo auto-entretenue, située au centre de la terre, excitée par les turbulences très rapides du fer liquide du noyau externe, là où les températures sont très élevées (supérieures à 4000°C).

Les mesures répétées du champ magnétique montrent qu'il évolue dans le temps, ce qui rend sa cartographie rapidement obsolète. Il est possible d'explorer le passé par l'étude des matériaux qui conservent la mémoire des valeurs de la déclinaison, et de l'intensité du champ. C'est le cas des laves, en particulier des basaltes, et des poteries antiques.

En 1905, Bernard Brunhes, professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Fd, révèle l'existence du phénomène d'inversion des pôles. A Pont Farin, dans le Cantal, il constate que la direction du nord magnétique mesurée dans les argiles cuites au contact de la lave est orientée au sud. Mais cette découverte est contestée, y compris par des prix Nobel. Il faut attendre les années 1950, pour que les observations répétées confirment la réalité des inversions. Au cours de certaines inversions de courtes durées ou « excursions » les pôles magnétiques reviennent rapidement (en quelques milliers d'années) à leur situation initiale. On estime à 300 le nombre d'inversions au cours des derniers 200 millions d'années. L'intervalle entre deux inversions est aléatoire. La dernière remonte à 780 000 ans. La dernière excursion connue date de 32 000 ans.

Quelles conséquences pour l'humanité ? Le champ magnétique terrestre forme un bouclier qui protège la surface de la Terre du vent solaire, destructeur de la couche d'ozone qui filtre les rayons UV. Or, au moment des inversions et des excursions, l'intensité du champ magnétique terrestre est très instable et diminue dangereusement, ce qui peut occasionner des dégâts très graves : des mutations génétiques, par exemple, ainsi qu'une multiplication des cancers. Il est possible que la disparition de l'homme de Néandertal soit la conséquence de l'excursion de Laschamps (découverte en 1967 dans les roches volcaniques de cette petite localité située au pied du Puy-de-Dôme), qui s'est produite il y a 41 000 ans.

Quand aura lieu la prochaine inversion ? L'intensité du champ est actuellement très élevée, mais depuis 3000 ans, elle décroît régulièrement. Si le rythme actuel se maintenait, une nouvelle inversion pourrait se produire dans 1500 ans environ ! Outre les conséquences pour les espèces vivantes, c'est tout le « monde » de l'électricité et de l'électronique qui serait également menacé. Mais, à cette échéance, l'homme trouvera les moyens de se protéger s'il n'a pas été englouti par la montée du niveau des océans.



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