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Section du Puy-de-Dôme

Photographie de la dernière activité

Monsieur Maurice RAFFIN a reçu la croix de chevalier de la Légion d'honneur des mains du général (2s) Jean NICHON, président du comité d'Issoire, le 28 juillet 2018

La croix que Maurice Raffin va recevoir n'est pas un privilège, mais un témoignage public du service de la France. sens du devoir, abnégation, professionnalisme et le moment venu, action d'éclat, voilà ce que l'on lit dans ses états de service. Celui qui a connu la guerre ne peut jamais l'oublier. C'est le sang, c'est les larmes, l'injustice mais au coeur du malheur, on touche l'être dans toute sa vérité. Je vous présente Maurice Raffin, un soldat qui, au-delà de la simple intelligence de son engagement, a montré son âme.

Natif de la Drôme, ce petit jeune homme sec et nerveux, a tout juste 20 ans quand il entend l'appel du grand large en 1950. Il s'engage dans l'arme de l'Infanterie au 31e Bataillon de chasseurs à pied en garnison à Rastatt en Allemagne. Soucieux de se mettre en situation d'avoir des responsabilités, il accède à l'école des sous-officiers et sera nommé au grade de sergent. En 1952, il est volontaire pour servir au sein du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient qui combat depuis 1946 dans la lointaine Indochine française. On y mène une guerre que l'on désignera sous le nom de « décolonisation » mais où la France lutte également contre une idéologie totalitaire. Ce corps expéditionnaire de 177 000 hommes sera commandé par des chefs prestigieux, parmi eux, les généraux Leclerc, Salan, de Lattre de Tassigny. Il comptera 59 734 tués ou disparus au combat, dont de nombreux soldats originaires de l'Union française.

Notre jeune sergent est affecté au 2e Bataillon du 4e Régiment de tirailleurs tunisiens comme chef de section. Avec lui, il va parcourir la région du Centre Annam de long en large. Un pays brûlant aux arbres inconnus, à la végétation effervescente où, sous les nuages tropicaux, avancent pas à pas, les buffles dans la rizière et de fines silhouettes à la langue aigüe dont la musique n'a cessé de l'émouvoir. Il est tour à tour, chef de poste isolé à Ba Kaï, au « Col des nuages », puis avec ses soldats supplétifs Moïs des hauts plateaux, il va patrouiller les côtes de la Mer de Chine à bord de jonques armées, pour contrecarrer le trafic des armes. C'est avec ses compagnons d'armes vietnamiens de la 602e compagnie qu'il méritera la Croix de guerre des théâtres d'opérations extérieures avec une citation à l'ordre du régiment, pour avoir enlevé d'assaut un point clé de la défense vietminh. La guerre : un concentré de violence, un pic de l'existence, avec ses petits miracles qui font la survie du soldat, l'explosion de vitalité, le trop plein d'adrénaline, les grandes joies de la camaraderie, la passion de l'âme vietnamienne, le tourbillon des épreuves où l'engagement du jour chasse les larmes de la veille. Rapatrié par avion, à bout de forces en décembre 1954, il aura droit à un congé de fin de campagne de quatre mois dont l'issue le conduit directement en Algérie.

Depuis novembre 1954, une insurrection s'est produite dans ce département français d'Afrique du Nord qui conduit la Nation à des opérations de maintien de l'ordre et de contre-guérilla tardant à prendre le nom de guerre. Affecté en Avril 1955 au 11e Bataillon de tirailleurs algériens, il participe aux opérations sur la frontière tunisienne avant de passer un an en Corse, où son unité va refaire ses forces. Il rejoint alors Sétif dans l'Est de l'Algérie, berceau des émeutes nationalistes et indépendantistes.

C'est dans le massif montagneux des Aurès qu'il se verra attribuer la Croix de la valeur militaire avec citation à l'ordre de la Brigade, pour sa conduite au feu lors d'un violent et sanglant accrochage avec les rebelles fellaghas.

Ses remarquables états de services militaires durant ces quelques années denses, lui valent la concession de la Médaille militaire : la plus haute distinction militaire française destinée aux sous-officiers et aux soldats.

Ayant rassemblé tout ce que l'expérience a fait germer en lui, le courage dont il a été capable, il se lance dans une autre vie en 1965. Il s'est marié à Clermont-Ferrand en 1955. Son épouse lui a donné deux filles dont l'une décède, précédant sa Maman victime d'une longue maladie. Deux petits-enfants et deux arrière-petits-enfants, avec nous aujourd'hui, sont sa plus grande fierté, aux côtés de Marinette sa compagne. Que chacun d'entre eux prenne la part d'honneur qui lui revient.

Durant 25 années au sein du ministère de l'Education nationale, avec le grade de secrétaire administratif, il occupe des postes de responsabilité, notamment celui de gestionnaire de la restauration collective du rectorat. Ces services lui vaudront d'être élevé au grade de chevalier des Palmes académiques. Homme de générosité, il consacrera de son temps de retraité, à une association d'aide humanitaire dont l'action s'applique en Casamance, province du Sud Sénégal.

Mon compagnon d'armes représente une sorte d'escorte de bons exemples, plus convaincants que les abstractions et les théories. Cette croix est un repère de toutes les périodes de son aventure humaine, elle sert aussi de jalon pour nos propres routes.



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