Logo de la Société des Membres de la Légion d'Honneur Ruban de la Société des Membres de la Légion d'Honneur
Section du Puy-de-Dôme

Photographie de la dernière activité

Nous sommes les soldats morts de toutes les batailles.

La complainte des soldats morts

Poème de Pierre LEVERGEOIS, ancien enfant de troupe.

Nous sommes les soldats morts de toutes les batailles.
Surgis de la tranchée, fauchés par la mitraille
Sur un lit de fortune, Ô ! funeste agonie
Dans le sang et la peur, sans une main amie,
Nous sommes les soldats sans nom et sans visage
Dont les restes mêlés embrassent l'ennemi,
Ossuaires géants,
ramassis dérisoires ou nécropoles sages.
Les champs, landes ou bois nous gardent endormis.
Nous avons fécondé les sols de notre sang,
Faisant monter les blés de la terre brûlée,
Et les pantalons rouges, bérets noirs et dolmans
Ont fondu leurs couleurs pour verdir la ramée.

Nous sommes les soldats morts dans les combats aériens,
Là-haut près des étoiles. Nous l'avons vue, la Mort,
C'est un grand oiseau noir ! Et le fer et le feu
Ont mordu nos entrailles et lacéré nos corps.

Nous sommes les soldats morts des batailles navales
Dans le cercueil obscur des coques sous-marines
Et les ensevelis des grands vaisseaux coulés
qui ne connaîtront pas la tiédeur de la terre,
épaves éternelles au creux des océans.

Nous sommes les soldats morts sur la terre étrangère
Sans autres horizons que ceux des barbelés
Et ces autres soldats, debout, sans uniformes,
Les traqués fusillés dans la pâleur de l'aube
Les morts exterminés dans les camps de l'enfer,
Nous, les héros sans gloire, régiments sans drapeaux
Morts de froid et de faim, de misère et de coups
Morts pour la liberté, morts pour avoir dit «Non ».

Nous sommes les soldats morts sur les plages normandes
Touchant du pied un sol tant de fois espéré
Sans pouvoir approcher le bocage ou la lande
Là, si proche...et pourtant... Ah ! Pouvoir les toucher...

Nous sommes disparus dans le vert des rizières,
Pour la Patrie lointaine qui nous méconnut,
Privés de la douceur de nos horizons clairs
Tout prêt d'une pagode et d'un dieu inconnu.
Nous sommes les soldats morts au vent chaud du désert
Une lâche embuscade, un poignard dans le dos,
Et le gentil breton ne verra plus sa mère,
Il meurt assassiné dans la palmeraie blonde.

Nous sommes les Harkis morts par dizaines de mille,
Soldats abandonnés, livrés à l'ennemi
Qui nous a sauvagement détruit... et nos familles
Jetant nos survivants dans l'âpre désespoir.

Nous sommes les soldats morts de ces terres lointaines
Du Tchad ou du Liban, d'Irak, de Somalie,
De Bosnie ou d'ailleurs, képis blancs, casques bleus,
Paras venus du ciel pour apporter la vie.

Nous sommes les soldats morts de toutes les batailles,
Pour qui sonne le glas ou l'envoi des clairons,
Sous la croix de nos champs ou perdus dans les brumes,
Sans même un caillou blanc qui porte notre nom.
Nous n'avons pas connu l'ivresse des victoires,
Le regard extasié de la femme au retour,
Le baiser de l'enfant effleurant nos joues noires,
Ses boucles, sa peau fraîche et les gestes d'amour.

Nous sommes les soldats morts de toutes les batailles
Pour qui n'ont pas sonné les cloches de la paix,
Les carillons joyeux réjouissant la campagne.
Notre berceuse était l'âpre voix du canon.
Ah ! Qu'il est doux le chant du vent dans nos montagnes.

Mais notre âme frémit dans la soie des drapeaux
Et monte avec la flamme sous l'Arche des victoires
Car tous, nous sommes là, inscrits dans les mémoires
Afin que nous soyons des vivants éternels !



Retourner à l'historique des activités



  © SMLH - 2016