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Section du Puy-de-Dôme

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Monsieur André COMBE (comité d'Ambert) officier de la Légion d'honneur.

Le 18 janvier 2020, Monsieur André COMBE, a reçu l'insigne d'officier de la Légion d'honneur des mains du général (2s) Jean NICHON, président du comité d'Issoire dans les locaux de la mairie d'Ambert.

Ci-dessous le texte de l'allocution prononcée par le général (2s) Jean NICHON.

Non ! André Combe n'est pas un privilégié récompensé par le pouvoir au gré de sa fantaisie, mais un « honorati » comme le voulait l'empereur Napoléon. C'est ainsi que le grand Chancelier de la Légion d'honneur me délègue aujourd'hui, samedi 18 janvier 2020, par décret du 30 novembre 2019. les pouvoirs nécessaires à sa réception au grade d'Officier de la Légion d'honneur au titre du Ministère des Armées - Mutilés de guerre - guerre d'Algérie. La liturgie orgueilleuse, majestueuse, dépouillée et sévère des cérémonies militaires s'inscrira donc dans nos esprits après que seront rappelés, parmi les aubes qui lui semblaient des premiers matins du monde, les douloureuses circonstances vécues en Algérie.

Jeune auvergnat de Clermont-Ferrand de 20 ans, ébéniste ayant formé le voeu d'intégrer l'École Boulle, André est appelé sous les drapeaux dans l'artillerie le 1er juillet 1959 à Reuntlingen, garnison des Forces Françaises en Allemagne. Canonnier dûment opérationnel, il rejoint l'Algérie le 15 avril 1960 et le 62e Régiment d'Artillerie basé en Oranie. En Algérie, sous un ciel intarissable de force et de lumière, une terre brûlante et passionnée, déchirée par la fureur des hommes, il côtoie les héritiers de pionniers durs et rudes accrochés à leur terre natale et ceux d'une population travaillée par les tumultes du siècle. Il s'y inscrit, et se tournera, une page parmi les plus noires de notre histoire militaire. La transformation d'un statut colonial qui a fait son temps peut-elle s'effectuer en d'autres termes que ceux d'abandon, d'abus de confiance, voire de lâcheté ?

Le 29 juin 1960, deux mois et demi après son arrivée, voltigeur de pointe de son groupe de combat en opération de ratissage dans les vignes de Mascara, - région des Ouled Khasmsa -, il accroche une bande rebelle, fait usage de son arme et simultanément est grièvement touché à la tête mais permet à son groupe de tomber en garde. La gravité de sa blessure nécessitera son évacuation par avion Nord Atlas en Métropole, à Dijon puis à Lyon à l'hôpital militaire. Il est alors hémiplégique. Soigné mais chancelant, il est renvoyé dans ses foyers en novembre 1960, réformé définitif, il sera pensionné progressivement à 100 %.

Gravement handicapé et désormais tributaire d'une santé précaire, inapte à l'exercice de son métier, il se replie à Arlanc (63) où il sera receveur auxiliaire des impôts, un emploi réservé obtenu après bien des tribulations administratives. Mais il a rencontré Suzanne qu'il épouse en 1966. Elle sera désormais son arc-boutant, son turbo en plus d'être femme de coeur et femme sans détour. De leur union naîtront Françoise, emportée par une septicémie foudroyante à cinq ans, et Claudine.

En décembre 1990, soit trente ans après l'action de guerre qui lui vaut son état, un document exhumé des archives militaires par un médecin, fait état de l'attribution de la Croix de la Valeur militaire avec étoile de bronze en date du 25 juillet 1960, dont il n'a jamais eu connaissance. Membre de l'Union Nationale des Combattants depuis son retour d'Algérie, André Combe verra ses états de services réhabilités. Une citation à l'ordre de l'armée se substituant à l'initiale sur la croix de la valeur militaire, la Médaille militaire lui sera conférée en 1992. Cette distinction strictement militaire dont le maréchal Canrobert décorant un soldat dira «  Et maintenant tu es autant que moi, nous sommes égaux ».

Si certaines blessures brûlent encore comme si on les frottaient de sel, d'autres ombres, d'autres bonheurs nous habitent qui veillent en silence. Ces sont les « sentinelles du soir » chères à Hélie de Saint-Marc. Elles ont le visage de l'espérance et aident André Combe à vivre. Membre de l'Union des Blessés de la face et de la tête, plus connue sous le nom des « gueules cassées », il adoptera leur magnifique devise : « Sourire quand même ». Chevalier de la Légion d'honneur, il portera l'emblème du Comité d'Ambert de la Société des membres de la Légion d'honneur pendant dix-huit années.

Celui qui a connu la guerre ne peut pas l'aimer. C'est le sang, les larmes, l'injustice. Mais au coeur du malheur, on touche l'être intime dans toute sa vérité. Ce compagnon d'armes est pour nous une sorte d'escorte, un exemple plus convaincant que les abstractions et les théories. Son petit-fils Thibault ne s'y trompe pas. Et nous-mêmes le retiendrons dans notre intimité.

Maintenant, compagnon d'armes et affectionné filleul, je vous invite à un moment rare, privilégié, celui de l'adoubement dont la résonance sied à notre temps qui manque cruellement d'espérance.




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