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Section du Puy-de-Dôme

Le 30 juin 2018, une cérémonie a eu lieu à Saint-Jean d'Heurs (à proximité de Lezoux) à la mémoire des Résistants des Transmissions.

Ci-dessous l'allocution prononcée par le général (2s) Jean-Paul VARENNE-PAQUET.

L'Amicale d'Auvergne du génie et des transmissions vous remercie chaleureusement pour votre présence à cette cérémonie, qui a pour but de commémorer, comme chaque année, les événements qui se sont déroulés ici, à La Rapine, entre 1940 et 1943.

Après l'armistice du 22 juin 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain s'installe à Vichy avec l'état-major de l'armée.

La ferme de La Rapine, devant laquelle nous nous trouvons, est choisie pour installer les services spécialisés nécessaires pour permettre à l'état-major de communiquer avec les divisions militaires en zone non occupée et avec les territoires d'outre-mer, ainsi qu'aux divisions militaires de communiquer avec les garnisons.

La mission est confiée au commandant Marien Leschi, polytechnicien, qui durant l'offensive allemande du 10 au 27 mai 1940 a réussi à maintenir sans interruption une liaison entre le cabinet du Roi des Belges et le Grand quartier général français, dans des conditions techniques particulièrement difficiles.

A partir du 10 juillet 1940, il installe ici les services radioélectriques de sécurité du territoire, principalement avec le personnel du 8e Régiment du génie, replié de la station radiotélégraphique du Champ de Mars, au pied de la Tour Eiffel à Paris.

Le service dépend des PTT. Les uniformes et les grades militaires sont remplacés par des tenues et des appellations civiles. Cette configuration constitue une excellente couverture pour les activités clandestines.

Les activités officielles du centre au profit des autorités de Vichy et de l'Armée de l'armistice masquent en réalité des activités très importantes, menées parallèlement au profit de la Résistance :
- dissimulation d'une grande quantité de matériel non autorisé, récupéré au moment du repli de la zone occupée vers la zone dite libre,
- exploitation de réseaux clandestins et de lignes clandestines,
- recueil et diffusion secrète de renseignements,
- acquisition de composants et production clandestine des ateliers pour constituer une ressource secrète en postes radio mobiles modernes,
- formation et affectation d'opérateurs radio en effectif très supérieur au besoin.

Les services rendus à la Résistance sont considérables.

Mais la situation se complique à partir du 11 novembre 1942, suite au débarquement des Alliés en Afrique du nord et à l'invasion de la zone Sud. C'est l'opération Torsch pour les Alliés et l'opération Anton pour les Allemands.

Dans la métropole entièrement occupée, Marien Leschi justifie plus difficilement les activités du service, tandis que la menace sur les opérateurs clandestins s'accroît. Ceux qui ont été formés à La Rapine lui font courir un grand risque en cas d'arrestation.

C'est précisément ce qui se produit le 3 juillet 1943 à Marseille. Le 8 juillet, la Gestapo investit La Rapine et arrête le commandant Leschi, ainsi que la plupart de ses cadres. Ils sont internés à Clermont-Fd, interrogés, puis déportés à Buchenwald et à Dora, l'usine souterraine qui fabrique les fusées V2.

Marien Leschi reviendra de déportation, avec seulement quelques uns de ses compagnons.

Les événements qui se sont déroulés ici, à La Rapine, sont une des pages de gloire des sapeurs télégraphistes, qui deviennent des transmetteurs le 1er juin 1942, avec la création de l'Arme des Transmissions, distincte de l'Arme du Génie.

Hommage soit rendu ici à ceux qui ont saisi toutes les opportunités pour aider la Résistance à combattre l'ennemi, à ceux qui ont connu la déportation, en particulier à ceux qui n'en sont pas revenus, à ceux qui ont été torturés ou fusillés et aux disparus, dont les noms figurent sur cette stèle.

Après la guerre, Marien Leschi est promu colonel en 1946. En 1947, il est affecté au poste de directeur des services techniques de la radiodiffusion française. En 1959, il est nommé directeur général technique de RTF (Radiodiffusion-télévision française), jusqu'en 1963, date à laquelle il prend sa retraite. Parallèlement à sa carrière civile, il nommé général de brigade en 1950 et promu général de division en 1956. Il est Grand officier de la Légion d'honneur et l'actuelle École des transmissions, à Cesson-Sévigné, près de Rennes, porte son nom.

J'adresse toute ma reconnaissance aux fondateurs de l'Amicale d'Auvergne du génie et des transmissions et à tous ceux qui en ont assuré la pérennité jusqu'à aujourd'hui.

Je remercie le 28e Régiment de transmissions d'Issoire, qui veille sur La Rapine, honore la mémoire de ses frères d'arme et assure de manière remarquable le rayonnement de l'arme des Transmissions.

Je remercie les maires successifs et la municipalité de Saint-Jean d'Heurs pour leur action, et je salue tout particulièrement le maire actuel, Monsieur Bernard Frasiak, auteur d'études et d'ouvrages sur les événements de La Rapine et organisateur de manifestations du souvenir.

Cette année, la cérémonie à la stèle sera complétée par un dépôt de gerbe au monument aux Morts de Saint-Jean d'Heurs, puis d'une autre cérémonie pour l'inauguration de la Maison des trois guerres de la commune.

Je remercie également les enseignants et les enfants de Saint-Jean d'Heurs, ainsi que tous ceux qui contribuent au devoir de mémoire.

Vive la France. Vive les Transmissions.


Le 8e Régiment de transmissions, qui succède au 8e Régiment du génie est la seule formation militaire qui porte sur son drapeau l'inscription « RÉSISTANCE 1940-1944 ».


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