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Section du Puy-de-Dôme

Monsieur le Doyen Pierre VANDEVOORDE est décédé le 14 avril 2016 à 83 ans.

Ancien élève de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Agrégé d'histoire. Poête. Ancien maître de conférences à la Faculté de lettres de Toulouse.

Inspecteur d'académie honoraire de la Lozère et du Pas-de-Calais. Inspecteur général honoraire de l'Éducation nationale. Ancien directeur des personnels enseignants de l'Éducation nationale. Ancien directeur du livre au ministère de la Culture. Ancien président du Centre national des lettres. Doyen honoraire du groupe d'inspection générale "Établissements et vie scolaire".

Président fondateur de l'Association franco-libanaise pour l'Education et la Culture. Président honoraire du conseil d'administration du collège Sévigné de Paris.

Maire honoraire de Saint-Clément-de-Régnat de 1971 à 2001.

Ancien combattant d'AFN.

Officier de la Légion d'honneur. Chevalier de l'ONM. Commandeur des Palmes académiques. Commandeur des Arts et Lettres. Officier du Mérite agricole.


Texte de Monsieur Xavier Darcos
Ancien doyen de l'Inspection générale de l'Éducation nationale
Ancien ministre de l'Éducation nationale
Membre de l'Académie française

Pierre Vandevoorde (1933-2016), marcheur pensif et inapaisé

Le premier abord était sans démagogie : direct, sans fausse chaleur, allant vite à l'essentiel. Car Pierre Vandevoorde n'était pas un adepte des fioritures et des faux-semblants. Une longue et riche carrière, à multiples facettes, avait façonné chez lui une aptitude à discerner spontanément la situation et les personnes, sans marge d'erreur. Il jugeait vite et pensait juste, avec une bienveillance placide qui n'était dupe de rien. Quand je dus passer un entretien en 1991 pour rejoindre l'inspection, il me fit, dans le couloir, cette unique et curieuse réflexion, presque marmonnée, qui raisonne encore dans mes oreilles : « Bon, vous allez nous rejoindre. Il vous faudra apprendre à ne pas croire tout ce qu'on vous racontera ». Et ce fut tout. Je me le tins pour dit et ce conseil me devint un utile viatique.

Il faut dire que cette manière de penser et d'agir, à la fois énergique et posée, résultait d'une prodigieuse expérience professionnelle. Une carrière de héros romanesque, un bildugsroman. Pierre Vandevoorde était né de la rencontre imprévisible d'un soldat flamand blessé à la guerre de 14-18, replié à Issoudun, et d'une jeune infirmière officiant à l'hôpital local. Boursier méritant, normalien, agrégé d'histoire, professeur au lycée de Caen, maître-assistant d'histoire ancienne à Toulouse, inspecteur d'académie à Mende, membre de divers cabinets ministériels, conseiller de René Haby pendant la réforme du collège unique, Directeur des personnels enseignants, inspecteur général, doyen de l'Inspection Générale Vie Scolaire : un déroulé ascendant et incessant ! Entre-temps, il aura aussi été directeur du Livre puis président du Centre national des Lettres au ministère de la culture. Il y sera l'instigateur du prix unique du livre, salubre projet finalisé en 1981. Sans compter son engagement municipal, puisqu'il fut maire de Saint Clément de Régnat, ville du Puy-de-Dôme, pendant trente ans. Car, peu adepte de la seule spéculation, il croyait, à juste titre, au contact, vital, avec le terroir et le terrain.

D'avoir ainsi traversé les lieux du savoir et du pouvoir ne l'avait pas grisé. On sentait en lui la hantise de tourner en rond, un perpétuel appel de l'ailleurs, une envie de respirer à l'écart de la grisaille quotidienne de la rue de Grenelle, dont il connaissait tous les contours et toutes les redites. Il entrebâillait des fenêtres, levait le regard vers des horizons plus lointains, anticipait. Très tôt, il eut conscience de la nécessité pour l'École de s'ouvrir sur la culture d'un monde bousculé par les médias, bientôt mondialisés puis numérisés. Aussi fonda-t-il le CLEMI (Centre de liaison de l'enseignement et des médias d'information). Plus encore, il se passionna pour les établissements français à l'étranger et voyagea beaucoup, de Québec à Nouakchott, de Venise au Sahara, du Machu Picchu à Saïgon. Ces échappées de « globe-trotter » (formule qu'il retint pour intituler ses mémoires) lui plaisaient, car sa passion de construire et de féconder y retrouvait nouveauté, vigueur et efficacité. Il créa même l'Association franco-libanaise pour l'éducation et la culture, associée à la Mission laïque française. Nous nous étions rendus ensemble à Beyrouth en 2004. Il y était connu de tous, entouré, salué. On savait ce qu'on lui devait.

Mais ce désir d'aller outre, c'est aussi dans son intimité qu'il aimait l'accomplir, par introspection. Pierre Vandevoorde était un poète, discret mais incessant. Un de ses recueils avoue cette escapade physique et mentale, La traversée de l'Atlantique, qui obtint le prix Louise Labbé en 1983. Sa poésie illustre subtilement les deux versants de sa personnalité, à la fois ancrée dans le réel, hic et nunc, et jamais assoupie, percevant les turbulences imprévisibles du vaste monde, faisant lever ses orages désirés. La ferveur s'y accompagne de perplexité. Un autre titre révèle cette dualité et cette ambiguïté : Le voyageur étourdi, que cita Robert Sabatier dans son Histoire de la poésie française. Car le mot « étourdissement » a un double sens : c'est à la fois le tournis du migrant inassouvi et la distraction du rêveur. Quand j'ai dû apporter ma contribution, j'appelais Pierre et lui demandais sur quel sujet il me suggérerait d'écrire. Il fut laconique : « mais, la poésie, évidemment. C'est ce qui restera ».

Il aura eu une vie pleine, animée, fructueuse, utile, généreuse. Rien de ce qui est humain ne lui fut étranger. Nous partageons la peine de sa famille, à laquelle il était si attaché. Nous saluons son épouse Aliette Vandevoorde, qui eut, comme chef d'établissement, une carrière hors du commun qu'elle termina comme Surintendante des Maisons d'éducation de la Légion d'honneur. Nous garderons de Pierre, marcheur pensif et inapaisé, un souvenir qui rayonne comme un exemple.








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