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Section du Puy-de-Dôme

Les obsèques du Docteur Robert MASSON ont été célébrées le 23 avril 2019 en l'église de Maringues.

Ci-dessous, le texte de l'intervention de Monsieur Élie Fayette, président du comité de Thiers de la SMLH.

A l'issue de cette émouvante cérémonie, je voudrais dire, au nom des membres du comité de Thiers de la Société des membres de la Légion d'honneur présents aujourd'hui dans cette église de Maringues : le lieutenant-colonel Philippe Bouffard, vice-président et aujourd'hui notre porte-drapeau, Madame le Professeur Martine Baudet-Pommel, Madame Gisèle Rolland, Monsieur Marc Paslier et moi-même et au nom de la section du Puy-de-Dôme représentée par son Président, le Général de division Jean-Paul Varenne-Paquet, toute l'estime et l'admiration que nous portions au Docteur Robert Masson qui vient de nous quitter le 17 avril dernier.

J'interviens également au nom de la Fédération nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes (FNDIRP), représentée ici par une délégation comprenant, entre autres, son président départemental, Monsieur Roger Montagner et son porte-drapeau.

Le Docteur Robert Masson était né à Besançon le 21 janvier 1922. Après ses études secondaires, avec sa famille, il rejoint Clermont-Fd en tant que réfugié, suite aux avancées de l'armée allemande et commence ses études de médecine à la Faculté de Strasbourg, repliée à Clermont-Fd.

Incorporé aux Chantiers de jeunesse en 1942, il ne pourra devenir réfractaire au Service du travail obligatoire (S.T.O.) sans compromettre son propre père, nommé entre temps commissaire aux Chantiers de jeunesse. Il est envoyé dans la partie de la Tchécoslovaquie annexée par l'Allemagne depuis le 15 mars 1939 et devenue protectorat. Il écrit alors à son père pour dire qu'il contribue, malgré lui, à l'armement de l'Allemagne et, après avoir compris qu'une action est possible sur le territoire de la Bohème-Moldavie, là où il se trouve, il prend contact avec la Résistance tchèque.

Il entre au maquis et participe à des actions de sabotage. Il est alors dénoncé par un autre Français... Arrêté par la Gestapo avec trois autres jeunes, les trois sont exécutés sur le champ et lui est envoyé en prison, puis au camp de Flossenburg, puis dirigé sur l'un des commandos les plus durs, celui de Leitmeritz, où l'on fabrique des blocs-moteurs et des armements lourds.

Il en sortira, libéré par l'Armée soviétique, le 8 mai 1945, alors qu'il est malade du typhus. Parmi les six déportés atteints, il sera le seul survivant grâce à un médecin russe qui pratiquera sur lui une transfusion du sang d'un officier russe qui avait survécu à la maladie, sans doute une première médicale...

Il est rapatrié sanitaire, en urgence, par avion, et ne pourra, de ce fait, recevoir la médaille de la Résistance tchèque qui vient de lui être attribuée.

De retour en France, il reprend ses études de médecine en octobre 1945. Il est reçu à l'Externat des hôpitaux en 1948, l'année de son mariage avec Paule. Ils auront deux enfants, Xavier et Brigitte. Il présentera sa thèse de médecine en 1951, thèse de psychiatrie, avec, pour président de thèse, le Professeur Jean Delay.

Il consacrera ensuite sa vie professionnelle à l'exercice libéral de la psychiatrie et à l'action sociale.

- Directeur de la consultation médico-psychologique de l'Académie de Clermont-Ferrand de 1953 à 1966.
- Responsable de la formation permanente des cadres sociaux de la Caisse d'allocations familiales de 1961 à 1966.
- Médecin psychiatre des maisons d'arrêt de Clermont-Ferrand et Riom et des centres de relégation pendant six années.
- Président du Centre régional pour la jeunesse inadaptée de 1964 à 1980, il contribuera à la construction du Centre de rééducation Jean Laporte de Cournon.
- Président-fondateur en 1966, avant l'existence officielle de la formation permanente, de l'Association régionale d'actualisation des connaissances pour les travailleurs sociaux.
- Directeur de l'École pratique interrégionale d'éducateurs spécialisés de 1963 à 1968.
- Expert de neuropsychiatrie auprès des tribunaux et du centre de réforme de Clermont-Ferrand.
- Enfin, il sera le président-directeur général de la Clinique de l'Auzon, clinique de psychiatrie de 100 lits d'hospitalisation complète et de 35 places d'hospitalisation de jour.

Il innove. L'hospitalisation de jour, pour la psychiatrie, n'existait pas encore, en 1971, en France. Il gardera la responsabilité de la clinique jusqu'en mai 1988.

Il est président de l'Union nationale des établissements psychiatriques privés (UNEPP) jusqu'en 1991.

Chevalier de l'ordre national du Mérite depuis 1974, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur en 1993, distinction qu'il recevra, en 1995, des mains de Madame Simone Veil, ministre de la santé dans le cabinet Balladur. Ces deux médailles, il les a reçues au titre du contingent du Ministère de la santé et ont donné lieu à des cérémonies célébrées dans l'intimité familiale.

Après son retrait des activités professionnelles, il continuait cependant comme administrateur de la maison de retraite de Maringues et participait aux activités de Radio-Paraboles, radio oecuménique de Clermont-Ferrand, avec une émission hebdomadaire : « A l'écoute de la vie », dans laquelle il apportait sa réflexion sur les préoccupations des humains et sur les grandes questions qui se posent dans la vie des hommes.

Ses dernières années avaient été endeuillées par la disparition de sa fille Brigitte, en septembre 2005 et par celle de son épouse Paule, en 2011. Depuis quelques mois il vivait à la maison de retraite de Lezoux après en avoir été, pendant un temps, demi-pensionnaire. C'est là qu'il s'est éteint, le 17 avril 2019.

A partir de ce que je viens de rappeler, permettez-moi de brosser non pas un portrait moral, mais de mentionner quelques traits caractérisant celui qui vient de nous quitter.

Tout d'abord la modestie. Voilà un homme qui a eu une conduite exemplaire et très courageuse pendant la guerre de 1939-1945 et qui n'est même pas retourné en Tchécoslovaquie recevoir la médaille de la Résistance tchèque qui lui avait été attribuée à juste titre et qui aurait permis aujourd'hui de voir son cercueil recouvert du drapeau tricolore en tant qu'ancien combattant. Les deux distinctions qu'il a reçues l'ont été dans l'intimité familiale, y compris la Légion d'honneur remise par Madame Simone Veil.

Un grand professionnalisme. Tout au long de sa carrière, il a su innover : mettre en place puis assurer la formation professionnelle des cadres sociaux de la CAF, de l'éducation nationale, des travailleurs sociaux et des éducateurs spécialisés.

Mais l'innovation n'est pas seulement, chez lui, liée à la formation, elle l'est aussi dans la manière de soigner les malades, avec la mise en place de l'hospitalisation de jour au sein de la clinique de l'Auzon, une première en France. On ne coupe pas les ponts entre le malade et sa famille, on humanise le traitement de celui qui reste sociabilisé une conception révolutionnaire...

Une grande spiritualité, non pas dans l'ostentation mais dans l'intimité ou dans l'anonymat d'émissions d'une radio locale. On peut d'ailleurs remarquer que la radio choisie pour son émission n'était pas Radio chrétienne francophone (R.C.F.) mais une radio oecuménique. Pour avoir été reçu chez lui, à Vensat, je puis témoigner de la présence dans le salon et dans son bureau d'une très belle collection d' icônes, certaines très anciennes, témoignage d'un goût très sûr, certes, mais aussi d'une réflexion personnelle sur l' imagerie religieuse venue de la religion orthodoxe et liée peut-être à son séjour en Tchécoslovaquie. ll témoignait ainsi d'une spiritualité transcendante, bien éloignée des appartenances de tout un chacun et de la sienne, lui, le fervent catholique.

Le Docteur Robert Masson était donc, non seulement un grand patriote mais aussi un militant de l'action sociale, un grand médecin et un grand humaniste.

Permettez-moi d'adresser à son fils Xavier, également médecin psychiatre à Paris, à ses petits enfants, Charles, Norbert et Maïlys, à ses arrières petits enfants, Clotilde et Auriane, ainsi qu'à l'ensemble de sa famille, toutes nos condoléances, certes, mais aussi le témoignage de notre sympathie teintée d'admiration pour le légionnaire exemplaire qu'était Robert Masson.



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