Logo de la Société des Membres de la Légion d'Honneur Ruban de la Société des Membres de la Légion d'Honneur
Section du Puy-de-Dôme

Photographie de la dernière activité

Madame Jeanne FOURNET-FAYARD (née BEAUME) est décédée le 3 juillet 2018, à l'âge de 98 ans.

Ci-dessous le texte prononcé par le général Jean-Paul VARENNE-PAQUET lors de ses obsèques le 9 juillet 2018 à l'église Notre Dame de la Médaille miraculeuse à CLERMONT-FD

Il y a à peine deux ans, le 30 juillet 2016, Madame Jeanne FOURNET-FAYARD était décorée de la Croix de chevalier de la Légion d'honneur, au cours de la même cérémonie qu'un autre déporté résistant, Monsieur Albert RIEU, décédé le 20 juin dernier.

La Légion d'honneur est la plus haute distinction française, instituée en 1802 par Napoléon Bonaparte, Premier consul, pour récompenser les services éminents, militaires ou civils, rendus à la Nation.

Madame Jeanne FOURNET-FAYARD a fait partie d'une promotion exceptionnelle, qui avait pour but de traduire l'hommage solennel que la Nation doit à toute une génération de la guerre dans sa diversité : combattants, résistants, déportés, réfractaires au STO, prisonniers, malgré-nous et Justes parmi les nations.

En s'engageant avec courage et humilité, ces femmes et ces hommes, comme Madame Jeanne FOURNET-FAYARD, sont devenus des symboles.

Le 30 juillet 2016, au cours de la même cérémonie, Madame Jeanne FOURNET-FAYARD a également reçu la Croix de guerre 1939-1945 avec palme, c'est-à-dire le niveau le plus élevé qui existe pour les citations.

Cette citation est la suivante :

Recrutée par les Forces françaises combattantes, en février 1943, au sein du réseau « Mithridate », Madame BEAUME s'est distinguée par ses actions en tant qu'agent de renseignement, qui lui vaudront d'être promue agent P2, avec le grade d'assimilation de sous-lieutenant.

Arrêtée par l'ennemi le 27 octobre 1943, elle fut déportée à RAVENSBRÜCK, jusqu'à la Libération, devenant grande invalide suite aux sévices et privations subis.


En 2016 Madame Jeanne FOURNET-FAYARD a été la seule, au niveau national à recevoir en même temps la Légion d'honneur et la Croix de guerre 1939-1945.

Madame Jeanne FOURNET-FAYARD est née le 30 décembre 1920 à MAZERAT-AUROUZE en Haute-Loire, dans une modeste famille d'agriculteurs.

Après son certificat d'études, elle reste à la ferme pour aider les siens. Elle vient ensuite à CLERMONT-FD, pour travailler comme serveuse au café « Le Métro », près de la place des Carmes.

C'est là qu'elle se trouve quand la guerre éclate. A 22 ans, elle est contactée par des résistants du réseau MITHIRDATE, qui fréquentent cet établissement et qui l'accueillent dans leur réseau.

Elle y prend une part active, notamment en assurant le transport de faux papiers d'identité, en prêtant sa chambre pour cacher des résistants et par son action d'agent de renseignement.

Depuis le 11 novembre 1942 avec l'invasion de la zone Sud par les Allemands, suite au débarquement des Alliés en Afrique du nord, les risques sont énormes.

Sur dénonciation par un pensionnaire de son hôtel, elle est arrêtée le 27 octobre 1943. Elle est d'abord internée à la prison du 92e Régiment d'infanterie, puis transférée au Frontstalag 122 de COMPIEGNE et déportée au camp de concentration pour femmes de RAVENSBRÜCK.

Elle va connaître les privations de tout, les sévices, le travail harassant et les coups.

Il lui faudra, entre autres, empierrer des routes, construire des abris pour dissimuler des véhicules de collection volés par les nazis, travailler dans les usines d'Hermann GÖRING et toujours trouver la force de survivre.

Elle va côtoyer la mort, subir la peur, les menaces et apprendre le silence.

Elle est libérée fin avril 1945 par l'Armée rouge. Son rapatriement passe par la Suède, puis le Danemark, avant d'arriver à PARIS à l'hôtel LUTÉTIA.

Le 14 juillet 1945, pour le défilé militaire à PARIS, elle est sur l'estrade en présence du Général DE GAULLE.

Elle revient ensuite en Haute-Loire pour retrouver sa mère, puis s'installe à nouveau à CLERMONT-FD et se fait embaucher par l'entreprise MICHELIN, où elle restera jusqu'à sa retraite.

Le retour des déportés en 1945 a été très difficile, dans un pays entièrement à reconstruire et qui voulait tourner la page.

Les déportés, très peu aidés et soutenus, incompris, ont souvent refermé leur souffrance sur eux-mêmes, dans la solitude et le silence.

Madame Jeanne FOURNET-FAYARD a bien connu ces difficultés. Elle dira « qu'on ne se plaignait jamais ». « On se débrouillait et on ne demandait jamais rien ».

Dans ce contexte difficile, ce sont principalement les associations de déportés qui ont organisé la solidarité, les témoignages et le devoir de mémoire.

Madame Jeanne FOURNET-FAYARD était membre de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, la FNDIRP, fondée en octobre 1945 par Marcel PAUL et le colonel Henri MAHNES.

La FNDIRP est représentée ici par une délégation, conduite par le président départemental Monsieur, Roger MONTAGNER, qui s'associe pleinement à cet hommage.

Au fil des années, Madame Jeanne FOURNET-FAYARD continuera bénévolement ses actions de solidarité, notamment sous la forme de visites aux malades et aux personnes âgées et en apportant son concours aux Restos du coeur.

Nous garderons le souvenir d'une grande dame discrète, d'une extrême gentillesse et d'un sens très élevé du devoir et de la solidarité.

Par ailleurs, l'actualité contribue à honorer la mémoire des déportés, avec l'entrée solennelle au Panthéon de Madame Simone VEIL, le 1er juillet et les obsèques de Monsieur Claude LANZMANN, décédé le 5 juillet.

Aujourd'hui, avec beaucoup de tristesse, je salue respectueusement une dernière fois Madame Jeanne FOURNET-FAYARD et j'assure sa famille de toute la sympathie et de tout le soutien de la Société des membres de la Légion d'honneur et de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes.



Retourner à l'historique des reportages de souvenirs



  © SMLH - 2016