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Section du Puy-de-Dôme

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Les obsèques de Monsieur Antoine MATHEVON ont eu lieu le 21 juillet 2020 en l'église de Marsac-en-Livradois.

Ci-dessous le texte de l'allocution du député André CHASSAIGNE lue par Monsieur Eugène REVERBERI, président du comité d'Ambert de la SMLH :

Je voudrais d'abord présenter mes condoléances à la famille d'Antoine Mathevon, et la remercier, plus particulièrement son fils Pierre, d'avoir permis que ce message soit lu durant cette cérémonie. Étant retenu à Paris, il m'était en effet impossible d'être présent. Je le regrette d'autant plus profondément que j'avais une grande affection pour Antoine.

Merci aussi à mon ami Eugène Reverberi, Président du Comité d'Ambert de la Société des membres de la Légion d'honneur, d'être mon porte-voix.

Dans nos villages, certaines personnes sont reconnues pour leur sagesse. Elles sont respectées et écoutées. Malgré cette reconnaissance, elles savent rester humbles et discrètes. Mais, rien n'y fait : elles respirent si naturellement l'harmonie et le bon sens qu'on se demande si leur tête ne loge pas la colombe de la paix.

Antoine était ce genre de personnes dont l'humanité impressionne et dont le chemin de vie nous rend modeste.

Ses engagements durant la Seconde Guerre mondiale avaient pourtant laissé une trace indélébile dans sa chair comme dans son esprit. Et quand il acceptait de se livrer, il faisait vivre des moments forts.

Il y a quelques mois encore, accompagné par Eugène, il m'avait rendu visite à ma permanence de St-Amant-Roche-Savine. Il m'avait alors donné et commenté nombre de documents sur la Résistance en pays d'Ambert. Alors qu'il nous rappelait son engagement pour que la France retrouve sa liberté, nous avons vécu un de ces moments rares dont le souvenir suscite toujours, longtemps après, une sorte de frémissement intérieur.

A la pensée de ses témoignages, livrés chichement à ses amis et à ses proches, me revient ce que disait l'écrivain Aragon sur la guerre :

« La guerre, on voit ça dans les livres. Une série d'images. Mais la vraie, c'est comme un arrêt de toute existence ».

Les anciens combattants ici présents connaissent cette réalité d'une forme d'arrêt de l'existence, suivi ensuite de la difficulté à se livrer sur un vécu toujours douloureux.

Et pourtant, quoi qu'il en coûte, il faut aller chercher ces moments enfouis. Non pas pour en faire des épopées, non par vanité, mais tout simplement parce que les peuples qui oublient leur histoire sont condamnés à la répéter.

Parce que le devoir de mémoire, les témoignages et les commémorations, comme les drapeaux présents aujourd'hui, ont un tout autre but que d'attiser la haine dans le monde. Le seul but est de ne pas oublier. Ne pas oublier pour exprimer sa croyance en l'homme, à l'humanité et à la fraternité.

Voilà pourquoi je voudrais revenir sur le sens de l'engagement dans la Résistance pour lutter contre le fascisme hitlérien. Après la honte de la débâcle, l'esprit de la Résistance s'est construit progressivement jusqu'à la Libération de notre pays, inséparable des valeurs de progrès social et du programme du Conseil National de la Résistance.

Aussi, il nous faut puiser les leçons nécessaires à la compréhension du moment présent dans les engagements et dans le sacrifice de tant de fusillés, d'internés, de déportés, et de combattants comme Antoine.

Je voudrais aujourd'hui revenir sur une page d'histoire insuffisamment rappelée dans les commémorations de la Libération de la France et qui porte le nom d'« Amalgame ». L'Amalgame, c'est l'intégration des Résistants et des Maquisards dans l'armée du Général de Lattre de Tassigny, devenue la Première Armée Française, le 19 septembre 1944.

En février 1944, le général de Gaulle avait en effet décidé que les Résistants et les Maquisards deviennent les FFI, Forces Françaises de l'Intérieur.

C'est ainsi que le général de Lattre de Tassigny a réussi à fondre dans un même creuset des hommes d'origines diverses : soldats de l'armée d'Afrique, coloniaux, Français libres, évadés et plus de 100 000 Résistants des Forces Françaises de l'Intérieur ! Il a alors redonné à la France une armée de 400 000 hommes qui a libéré une grande partie du territoire de la République.

Ce double engagement, Antoine l'a vécu naturellement, comme tant de combattants qui ont été l'honneur de notre nation, servant la patrie avec courage, versant leur sang et trop souvent donnant leur vie.

Je laisse le soin à Eugène Reverberi de revenir sur ses états de service qui l'on conduit à tant de distinctions jusqu'à être élevé au grade de chevalier de la Légion d'honneur.


Ci-dessous le texte de l'allocution de Monsieur Eugène REVERBERI :

Au printemps 1944, à 19 ans, Antoine intègre la 3ème Compagnie de FFI d'Auvergne qui s'installe d'abord à Virennes puis au Col du Chansert. Son groupe multiplie alors les actions coup de poing et les accrochages.

Le 29 juin, il fait partie des premiers à investir la gendarmerie d'Ambert. Puis, le 14 juillet, le drapeau français flotte sur le clocher de l'église St-Jean et les maquisards rendent les honneurs au Monument aux Morts.

Le 20 août, son groupe d'une cinquantaine de FFI accroche une colonne allemande de 500 hommes. Le 25 août, il participe à la libération de Thiers, occupée alors par 300 SS.

Le 19 septembre, la 3ème Compagnie prend le chemin du Jura avec ceux, comme lui, qui acceptent de continuer la guerre.

Le 25 septembre 1944, elle signe son engagement pour la durée de la guerre contre l'Allemagne au titre du 13ème Régiment de tirailleurs sénégalais qui devient le 23ème Régiment d'Infanterie coloniale. Affecté avec ses compagnons résistants à la 5ème Compagnie de ce régiment, Antoine prend toute sa place dans la marche vers l'Alsace.

Ainsi, le 17 novembre, son groupe neutralise un canon antichar et fait 5 prisonniers. Le 27 novembre, sa Compagnie pénètre dans le Haut-Rhin.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier 1945, son groupe repousse une contre-attaque allemande en se plaçant en avant des lignes et en tenant la position sous un tir d'artillerie très nourri.

Le 20 janvier 1945, il est terrassé par l'explosion d'un obus dont il reçoit de multiples éclats dans la jambe et dans le dos. Laissé pour mort sur le champ de bataille jusqu'au soir, il sera évacué dans la soirée sur l'hôpital d'Altkirch.

Quelques jours après avoir été sauvé in extremis grâce à la dextérité des chirurgiens, il est transporté à l'hôpital de Besançon. De là, il sera envoyé à Belfort pour être rapatrié par train sanitaire jusqu'à Vichy puis Ambert.

Comme Président du Comité d'Ambert de la Société des membres de la Légion d'honneur, je salue aujourd'hui la mémoire d'un compagnon fidèle, attachant, apprécié de tous.

J'assure toute sa famille de ma sympathie en lui exprimant les condoléances de l'ensemble de notre comité local.


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