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Section du Puy-de-Dôme

Photographie de la dernière activité

Le général Pierre EYRAUD est décédé le 16 août 2021 dans sa 91e année. Ses obsèques ont eu lieu le 20 août 2021 dans la basilique Saint-Austremoine d'Issoire.

Ci-dessous le texte de l'hommage qui a été prononcé par le général Jean NICHON, président honoraire du comité d'Issoire de la Société des membres de la Légion d'honneur.

« Mon général, cher Pierre,

L'émotion et la confiance nous étreignent tous, légionnaires de la société des membres de notre premier ordre national, comité d'Issoire, anciens de l'arme des Troupes de marine, anciens enfants de troupe, soldats et amis de toutes origines et tous statuts, qui sommes là pour te saluer une dernière fois et dire à ceux qui te sont chers que ton souvenir restera inaltérable dans nos coeurs.

Frère d'armes, je souhaite exprimer notre émotion de voir partir un chef, un entraîneur d'hommes et un homme de réflexion. Tes combats furent ceux de la France, ta générosité était celle de notre pays, ta noblesse aussi.

Engagé à 18 ans en 1948, après un rude mais fructueux passage dans les écoles d'enfants de troupe, tu es admis à l'École spéciale militaire interarmes de Coëtquidan en février 1951. Jeune saint-cyrien épris d'aventure et de grand large, tu choisis l'Infanterie coloniale. Dès lors, au sein des Troupes coloniales qui deviendront Troupes de marine et qui sous-tendront le style de ta carrière, tu seras de tous les combats, sur tous les théâtres d'opérations du moment. Chef de section dans les rangs du 15e Régiment de tirailleurs sénégalais, en Algérie jusqu'en 1954.

Lieutenant en Indochine au 43e Régiment d'infanterie coloniale, là où le destin de la France va s'arrêter 300 jours après la chute de Diên Biên Phu. De nouveau en Algérie en mars 1956, à la 13e compagnie saharienne portée africaine, tu effectues un séjour de 18 mois en Afrique Occidentale Française, au Dahomey devenu Bénin.

Tu épouses Odile en mai 1957, puis rejoins Agadez, en Algérie pour la 4e fois. A la tête d'un peloton saharien, ton sang-froid, l'allant, le mépris du danger et l'élan entraînant tes hommes dans l'assaut d'une installation rebelle, te valent une citation à l'ordre de la division, comportant l'attribution de la Croix de la valeur militaire en 1958.

Capitaine en avril 1961, tu vas enchaîner les commandements d'une compagnie en métropole, au 1er Régiment d'infanterie de marine à Granville, puis au 6e Régiment de parachutistes à Mont-de-Marsan en 1963. « Équilibré, méthodique et ordonné, fort d'un excellent sens du commandement et d'une grande aisance sur le terrain », tu es jugé « ferme mais obéi d'amitié ».

Une intelligence vaste, une belle culture s'appuyant sur une expérience avérée, assorties d'une rare puissance de travail te permettront d'intégrer l'École supérieure de guerre en 1967. Chef de bataillon, breveté de l'enseignement militaire supérieur, tu es à affecté à Djibouti, où tu prends les rênes du 3e bureau de l'État-major du général commandant supérieur. Conscience professionnelle, dévouement, discipline intellectuelle et souci de l'homme te définissent alors. Très attaché à la troupe, tu retrouves le béret rouge des parachutistes de Mont-de-Marsan, où tu diriges l'instruction du régiment et sa préparation opérationnelle.

Distingué parmi tes pairs, c'est à l'État-major de l'armée de terre, en sa division « relations internationales » que tu restitues un remarquable faisceau de qualités foncières. Tu seras alors chef de corps, le temps le plus fort d'un parcours d'officier, celui du 33e Régiment d'infanterie de marine de Fort-de-France, en Martinique.

De 1975 à 1977, colonel, tu marqueras de ton empreinte, avec élégance et panache, ce régiment antillais qui participe à l'exercice de la souveraineté et du rayonnement de la France dans l'ensemble de la Caraïbe.

De retour en métropole, c'est à ton arme, les Troupes de marine et à leur spécificité d'alors, l'engagement hors du territoire national et à la coopération militaire, que tu vas consacrer 4 ans. Conseiller-Terre du général Inspecteur des Forces extérieures puis sous-chef et chef d'état-major de l'Inspection des Troupes de marine, l'homme de réflexion et d'action, très à l'aise dans l'interarmées, pénétré d'interculturalité, va préparer les interventions et concourir au succès de l'assistance militaire technique et du partenariat avec l'outre-mer.

Ton aptitude aux plus hautes responsabilités étant patente, tu es alors choisi pour être auditeur de la 31e session du Centre des hautes études militaires de 1981 à 1982. Une qualification, qui au terme d'une affectation à l'État-major des armées, « division relations extérieures-renseignement », te mènera aux étoiles.

Général de brigade le 1er septembre 1984, tu mettras ta détermination, ton sens des réalités, ta capacité à aller à l'essentiel et ta persévérance au service de la 11e Division parachutiste et 44e Division militaire territoriale, en qualité de général-adjoint à Toulouse.

Forte personnalité assortie de chaleur humaine, une pensée toujours en éveil, lucide sur l'humanité mais appelant chacun à toujours voir plus loin, tu as toujours manifesté ton exigence intérieure au gré des sollicitations.

Totalisant 37 années de service dont 4 en opérations, officier de la Légion d'honneur et commandeur de l'ordre national du Mérite, titulaire de la Croix de la valeur militaire, tu as porté haut et fort, mais avec discrétion, l'identité et la visibilité de notre famille militaire et incarné ces chefs, témoins d'épopées fugaces, qui ont servi une autre entité qu'eux-mêmes.

Mais c'est aussi la confiance qui nous anime au moment où tu nous quittes Pierre. Nous croyons que la générosité et la grandeur, que tu as toujours manifestées, seront récompensées par une place de choix, avec tous les compagnons d'armes qui t'ont précédé dans l'honneur, auprès de Celui qui, finalement, nous rassemblera tous.

Tu remplis désormais le vide de ton absence par une présence silencieuse et affectueuse : tu es notre sentinelle du soir. Veille sur ta famille, veille sur nous et sur les soldats de France. Le frère d'armes que tu as été a creusé un sillon dans nos esprits et dans nos coeurs, particulièrement celui du refus des compromissions. Tu nous apportes d'ores et déjà courage et altitude.

M'adressant à Odile, à ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, porte-parole de tous ceux qui ont partagé la profondeur spirituelle de Pierre, nous vous exprimons nos sentiments affectueux et nos condoléances attristées ».


- Officier de la Légion d'honneur depuis 1986.
- Commandeur de l'ordre national du Mérite.
- Commandeur de l'ordre national du Mérite gabonais.
- Croix de la Valeur militaire.



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